Je vous félicite de votre motivation. Vous voulez improviser, c’est super. Que vous improvisiez déjà un peu ou pas encore, sachez que ce n’est pas si difficile, avec une méthode.

Le principe d’une bonne improvisation

« Improviser, c’est composer dans l’instant », dit Eric Boell. Mais comment improvise-t-on ? Est-ce que l’on attend l’inspiration, qui jaillit et dicte au compositeur ce qu’il doit écrire ? Attend-il la lumière divine ? Non, bien sûr : il s’aide d’éléments concrets.

Ces éléments, ce sont :

  • les motifs mélodiques ;
  • le rythme
  • l’harmonie.

Quand on improvise, on utilise les mêmes outils. Car une bonne improvisation doit être en lien direct avec le morceau sur lequel on improvise.

Prenons un exemple.

Vous improvisez sur une bossa nova. Si vous jouez constamment des triolets de croches, donnant à l’ensemble une interprétation ternaire (alors que la bossa nova est une musique binaire), vous allez donner l’impression que vous ne savez pas où vous êtes. Pour rester dans le cadre, vous devez à tout prix utiliser la famille rythmique que le morceau original.

Allez-vous vous contenter des jouer des notes qui vont entrer en totale dissonance avec les notes des accords, joués par les musiciens accompagnateurs ? Si vous le faites, vous allez jouer des phrases musicales très difficiles à entendre et rendre l’ensemble insupportable. Vous devez donc vous préoccuper de ce que l’on appelle la « grille d’accords ».

Comment improviser sur une grille d’accords ?

Avant de vous dévoiler comment improviser sur une grille d’accords, définissons ce qu’est un accord et ce qu’est une grille.

Les accords

Lorsque l’on joue plusieurs notes simultanément, on dit que l’on joue un accord.

Il existe de nombreux types d’accords, selon qu’ils contiennent :

  • 2 sons ;
  • 3 sons ;
  • 4 sons ;
  • 5 sons ;
  • 6 sons ;
  • 7 sons.

De plus, les intervalles entre les sons d’un même accord jouent un rôle auditif, qui change la couleur de l’accord et peut le rendre :

  • majeur ;
  • mineur ;
  • diminué ;
  • augmenté ;

On trouve des morceaux dont la mélodie est soutenue par un nouvel accord sur chaque temps, d’autres où les accords durent plusieurs temps, voire plusieurs mesures. Lorsque l’on suit tous ces accords, on les répertorie dans une grille.

Les grilles

Les grilles d’accords sont en quelque sorte des tableaux, dont la seule fonction est d’indiquer à l’improvisateur, comme à l’accompagnateur, quels accords doivent être joués, dans quel ordre et pendant combien de temps.

Certains accords font partie de la même tonalité, certains autres nous font passer dans une autre tonalité ; d’autres encore sont de simples emprunts à un autre mode ou une autre tonalité.

Analyser une grille est donc indispensable lorsque l’on veut aborder une improvisation. Mais ce n’est pas suffisant : une fois que l’on sait dans quelle tonalité on se trouve et que l’on a saisi ce que les musiciens accompagnateurs vont jouer, il faut aborder l’improvisation avec des outils mélodiques.

Il existe de nombreuses astuces, qui vous permettent de trouver des mélodies originales.

Les outils de l’improvisateur

De nombreuses démarches permettent de partir à la fois de la mélodie du morceau originel et d’une grille d’accords pour créer de jolies phrases.

Je mettrai volontairement de côté la démarche selon laquelle il suffit de jouer 500 fois la même mélodie, pour qu’à la fin, la 501ème répétition nous donne envie de jouer autre chose. Cela prend énormément de temps et ce n’est pas toujours couronné de succès.

Il existe des formules beaucoup plus simples, beaucoup plus accessibles et applicables immédiatement.

La toute première démarche est déjà de bien connaître le thème et de jouer avec les notes de ses mélodies :

Les notes du thème

L’idée suivante est de tourner autour des notes du thème pour s’en éloigner progressivement

La broderie

Une technique souvent abordée en composition, mais aussi en improvisation, s’appelle la broderie : en brodant autour des notes du thème, on ne prend pas beaucoup de risques, puisque l’on tourne autour des notes des mélodies du thème original, en ajoutant un peu de variété :

La broderie

Une note par accord

Alors, comment improviser sur une grille d’accords ?

Lorsque l’on aborde une grille d’accords, le réflexe est de commencer à jouer avec les fondamentales.

Stop ! Qu’est-ce qu’une fondamentale ?

Le mot « fondamentale » vient du latin « fundamentum » et désigne la base, une racine que l’on retrouve dans « fondation ». les fondations d’une maison assurent sa stabilité. De la même façon, la fondamentale d’un accord est la note, jouée traditionnellement par la basse ou la contrebasse, qui assure la stabilité de l’accord.

Lorsque l’on présente un accord comme un empilement de tierces ou de quartes, la note la plus basse (la base de l’accord) est la fondamentale.

Et puisqu’il est fondamental de considérer la fondamentale de chaque accord, c’est par les mélodies qu’elles forment entre elle, comme un collier de perles, que nous allons commencer l’étude de l’improvisation en suivant la grille d’accords :

Les fondamentales

Une fois ce concept assimilé, vous pourrez jouer avec les autres notes des accords de la grille.

Les notes des accords

Lorsque l’on se lance dans une improvisation, la question fondamentale que l’on se pose est : quelles notes vais-je choisir ? La première démarche, nous l’avons vue, est de partir des fondamentales. Mais ensuite ? Pour donner de la variété, nous allons jouer d’autres notes.

La grande question à se poser alors est la suivante : les notes que nous allons jouer vont-elles être consonantes avec les notes des accords ou vont-elles au contraire entrer en dissonance ?

Avant de s’aventurer trop loin et de risquer de faire dissoner nos mélodies improvisées avec les notes des accords, la première étape est de jouer des notes qui vont être consonantes avec les notes des accords. Quelles sont-elles ? Tout simplement les mêmes notes que les accords eux-mêmes !

Bien sûr, nous n’allons pas les jouer de manière systématique. Nous continuons d’avoir en tête le thème original en respectant :

  • son interprétation rythmique (binaire ou ternaire) ;
  • les rythmes principaux de ses mélodies ;
  • le débit de notes (évitons les avalanches de notes sur les ballades, par exemple).

Voici quelques exemples de phrases qui suivent les notes des accords de la grille de Bye Bye Blackbird :

Les notes de l’accord